Le mystère d'un quetzal
- 29 avr.
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Sur les rives du lac Atitlan, Gabriela fredonne à son petit-fils Dionisio La Luna de Xelaju, chanson culte des mayas, ce peuple amérindien aux mille couleurs, pétri de lave et d'océans.
Le son mélancolique du marimba (xylophone) semble descendre du volcan Toliman, culminant à 3158 mètres.
Cousu de rides, le visage de Gabriela est façonné par le xocomil, ce vent puissant qui soulève les eaux turquoise du lac Atitlan.
Gabriela est originaire de Solola, authentique village des Hautes Terres au sommet de la caldeira.
Elle a appris à Dionisio le cakchiquel, une des vingt-trois langues non hispaniques du Guatemala.
Dionisio, son petit-fils de dix ans, est servi par une assurance insolente.
Il a l'oeil vif tel le regard aiguisé du quetzal, oiseau de rêve à la beauté inouïe.
Dionisio n'a jamais été à l'école. Ecouter sa grand-mère est une source plus inspirante que tous les manuels...
En effet, Gabriela lui livre avec bonheur le mystère des chants d'oiseaux, salutaire immersion ornithologique.
Elle lui dit souvent que les musiciens de l'azur invitent à la méditation : trilles, modulations d'une mélodie avec des intervalles de silence qui permettent de s'ancrer dans cet univers gonflé de gratitude offert par la nature, magie du monde dans son mystère absolu.
Le jour suivant, Gabriela emmène Dionisio dans la forêt tropicale à la recherche de l'oiseau fétiche des mayas.
Silence, longue observation et grande patience sont indispensables pour approcher le quetzal.
La période des amours (avril à juillet) est la plus favorable pour avoir la chance de l'apercevoir avec ses longues plumes caudales qui, autrefois, ornaient la coiffe des empereurs mayas.
A pas feutrés, ils pénètrent dans cette luxuriante forêt humide d'altitude, appelée aussi forêt de nuages.
Ici, à l'état sauvage, pousse l'aguacatillo (avocatier) aux fruits recherchés par le quetzal.
Le jour décline déjà.
Devront-ils attendre le crépuscule étoilé ?
Quand, de la canopée, s'envole un quetzal mâle au poitrail rouge, huppe couleur vert de jade, plumage émeraude ; toutes les gammes de vert semblent réunies sur cet oiseau porteur de messages.
Comme pour les saluer, le quetzal s'élève, redescend tout en ondulations tel un serpent à plumes.
Cette danse en apesanteur captive Dionisio. La poésie de l'oiseau est gravée à tout jamais dans sa mémoire.
La nuit arrive sur la jungle tropicale.
Gabriela en connaît chaque arbre, chaque lac aux eaux cristallines d'un bleu profond, jusqu'aux rivières souterraines emplies de mystère.
Les singes hurleurs se sont tus.
Il faut encore et encore écouter pour entrer dans le monde ailé afin de décrypter son langage.
Observer est le premier pas vers l'émerveillement.
Gabriela et Dionisio hument les odeurs ourlées de couleurs où le vert puissant se conjugue avec le céladon.
Encore une fois, au zénith se déclare le vert de jade, couleur vénérée des mayas.
Vient l'heure où l'orbe de la lune éclaire une stèle ancrée près d'un fromager (Ceiba) - arbre qui symbolise le centre de l'univers.
Devant cette stèle gravée d'un chef maya en tenue d'apparat, Gabriela saisit cet instant magique pour confier à Dionisio une histoire qu'elle avait jalousement gardée jusque-là :
- C'était l'équinoxe de printemps, un lever de soleil éclairait les marches du temple maya.
Au pied d'une des rampes d'un escalier hiéroglyphique, précisément à l'endroit où étaient brûlées les offrandes cérémonielles, je tapais très fort dans mes mains.
Ô surprise quand arriva un écho étrange, un son unique reproduisant le cri du quetzal.
Les mayas auraient donc agencé, il y a mille ans, des escaliers dans l'intention de reproduire le cri de l'oiseau sacré, se révélant esprit, messager des dieux.
En effet, comment imaginer qu'une brillante civilisation ait eu l'idée, alors qu'ils étaient de petites statures, d'ériger des marches très hautes et étroites, juste pour accéder au sommet de leurs temples.
Tu vois Dionisio, c'est le souffle de l'âme lié au chant d'un oiseau, à la couleur d'une pierre, au parfum d'une fleur.
Nous touchons ici les sommets de l'harmonie.
Il faut sans cesse observer l'avifaune sans tomber bien sûr dans le piège de l'amnésie écologique.
Alors, oublions le quadrilatère des smartphones pour écouter le langage des oiseaux, source inépuisable pour la sauvegarde du vivant.
Le quetzal est parti rejoindre sa belle vers son lieu de nidification.
Dionisio prend la main de sa grand-mère et lui chante la poésie de José Joaquim Palma :
" Couché sur les Andes superbes,
Au bruit sonore de deux mers,
Tu t'endors sous l'aile d'or du beau quetzal, (...)
Qui s'élève plus haut que le condor et l'aigle royal
Et qui, sur ses ailes, porte au ciel,
Guatemala, ton nom immortel."
R S
Avril 2026
VISUEL :
Quetzal, l'oiseau divin
encre, pastel et gouache, 2026
avec glyphe maya
SOURCES :
Le QUETZAL, oiseau sacré des mayas, est baptisé " serpent à plumes" avec des plumes caudales pouvant atteindre 65 cm de long alors que son corps ne mesure que 40 cm avec un poids de 200 grammes.
Oiseau de couleurs, le quetzal fréquente la canopée de la jungle tropicale avec une tendance marquée pour l'altitude, jusqu'à 3000 mètres.
Très frugivore, il se concentre sur les fruits des lauracées, sans dédaigner des invertébrés, grenouilles, petits lézards, escargots collectés dans les feuillages.
Le quetzal tire sa beauté en s'abreuvant aux épiphytes, notamment, l'orchidée appelée monja blanca (nonne blanche) ; c'est la fleur nationale du Guatemala ; elle s'épanouit à une altitude supérieure à 1600 mètres.
Les souverains arboraient ses plumes, considérées comme plus précieuses que l'or.
Le diadème du dernier empereur aztèque Moctezuma II, offert par Hernan Cortes à Charles Quint, et conservé au musée Volkerkunde à Vienne, est orné des grandes plumes caudales du quetzal.
La chasse accrue du quetzal pour ses rectrices a amené à l'inscrire aux plus hauts niveaux de protection à la fois nationaux et internationaux.
" De ma longue vie, j'ai aperçu le quetzal qu'une seule fois" parole d'un guide guatémaltèque.


































Très jolie histoire écrite avec poésie. Merci. Martine Ciofolo