L'inattendue
- 26 août
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Vingt heures venaient de sonner au carillon du vestibule tissé de velours dans les gammes incarnats et carmins.

Vêtues d'une élégante sobriété, trois vestales accueillaient les invités : danseuse de Watteau, diane de Fragonard ou bergère de Millet, toutes les trois avaient un charme fou.
La cage d'escalier en marbre de Paros était éclairée par une verrière où, nées du pinceau d'un artiste, des égéries à demi-nues dansaient avec une brassée de coquelicots et de bleuets.
Sur le palier du premier étage, à contre-jour, se dévoilait une statuette étrusque ciselée par un magicien de l'Attique.
L'enfilade des salons nous transportait au siècle des lumières ; musiciens, peintres, poètes et écrivains se retrouvaient pour une fête gourmande.
Les délices des Hespérides, tout droit venues des jardins de Junon, prenaient place sur une nappe damassée blanche.
Froissement de jupons et parfums d'Orient s'avançaient près du buffet dressé sur un fonds bleuté, si léger tel le souffle velouté d'un clair matin d'été.
Toutes et tous attendaient le signal quand arriva l'inattendue provenant d'un empyrée lointain, parée des sept couleurs de l'arc-en-ciel.
Jeux et paris furent lancés.
Pour approcher cette ardente muse du surréalisme, il fallait déclamer un poème de Rimbaud.
Les conversations se multipliaient, nourries par une vivacité unanime.
Sur une estrade, un peintre croquait le portrait de Terpsichore, tandis que trois tziganes tiraient des larmes de joie de leurs violons.
C'est alors que l'inattendue esquissa un pas de danse.
Sur la courbe lascive de ses lèvres se dessinait la sensualité ; plus soyeuse, plus féminine que jamais, elle ondulait dans de chatoyantes couleurs.
L'ambroisie du désir venait.
C'était comme si les dieux gorgés d'ivresse surgissaient d'une bacchanale et s'élançaient dans un joyeux cortège.
Maintenant tous les invités entraient dans la danse.
Les corps se tendaient comme un arc, se disloquaient, se recomposaient sans cesse pour arriver à l'émotion ultime.
Seule la beauté fleurissait en ce soir d'été.
R S
été 2026
VISUEL :
Kees VAN DONGEN
Femme au grand chapeau, 1906
Huile sur toile


































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