L’oiseau de Budapest

16/06/2016

Bacchus arrive à Budapest, capitale de la Hongrie.

 

Buda et Pest, situés de part et d’autre du Danube, ont été réunis, en 1873, par le pont de Chaînes, lieu magique où Bacchus retrouve Péter.

 

Péter est un enfant des plaines hongroises où bat le sang de la langue mystérieuse des gitans.

Ses ancêtres étaient les magyars venus des steppes de l’Oural.

Les yeux brûlants de malice, la parole enjouée, Péter est un conteur d’histoires avec une faconde pleine d’audace et de truculence.

 

Partout la capitale Budapest est habitée par le même état d’esprit hédoniste.

Péter invite Bacchus à le suivre au Bastion des pêcheurs couronné de sept tours symbolisant les sept tribus magyares conquérantes. Ce site est inscrit au patrimoine mondial, source irremplaçable de vie et d’inspiration.

Leurs pas se dirigent vers l’église Mathias avec ses tuiles vernissées et son clocher ajouré, reflet d’une époque florissante sous le roi Mathias Corvin et son épouse Béatrice d’Aragon qui importèrent en Hongrie les idéaux de la Renaissance.

Saluant la statue équestre d’Etienne 1er, premier roi de Hongrie, tenant dans sa main droite la double croix apostolique incarnant la conversion du pays au Christianisme, Péter et Bacchus rejoignent les bains Gellért.

Les bains, réminiscence de l’époque romaine et de l’occupation ottomane, font partie de la vie quotidienne des budapestois. Ils y viennent pour se soigner, se rencontrer, discuter et jouer aux échecs.

Les bains thermaux Gellért sont encadrés par des colonnes torsadées, décorées de motifs floraux et tapissées de mosaïques bleues.

Budapest compte cent vingt-trois sources thermales qui sourdent à des températures allant de vingt à soixante-seize degrés. Les eaux sont riches en calcium, magnésium, soufre et autres minéraux.

Des spéléologues hongrois ont découvert dernièrement, sous le cœur de Budapest, un lac souterrain aux eaux chaudes à quatre-vingts mètres de profondeur s’étendant sur six kilomètres.

 

Midi sonne sur la place des Héros.

Arpàd, le prince magyar à cheval, accueille Vanda, la sœur de Péter.

Vanda est vigneronne à la maison Thummerer dans la région d’Eger, au nord-est de la Hongrie.

Narines frémissantes avec une cascade de boucles rousses sur des épaules déliées, Vanda est de haute stature, bien charpentée ; une Marianne levant le drapeau sous le pinceau de Delacroix.

Ses yeux céladon soulignent tout l’éclat du charme slave.

Chaque mouvement de son corps découvre son nombril, méandre où sa peau est filigranée de trois coeurs tel un manuscrit de Casanova.

Sans aucun doute, cette muse a l’art de vous remettre en veine de poésie et de couleurs.

 

Vanda, Péter et Bacchus entrent à la villa Kogart pour déjeuner.

Accompagnés de l’envoûtante musique tsigane, une serveuse, en chemise blanche et gilet brodé d’arabesques florales, apporte LE GOULASH, plat traditionnel hongrois (Gulyas : soupe du berger).

C’était le plat que préparaient, en plein air, les gardiens de troupeaux de bœufs de la Puszta, grande plaine hongroise.

Ce plat est un ragoût de viande de bœuf cuisiné avec oignons, haricots blancs, carottes, ail, marjolaine, cumin et paprika, l’emblématique épice de Hongrie.

 

Bacchus tire de sa besace l’ambroisie :

 

                              L’EGRI BIKAVER, 2012 – des caves Thummerer,

                                     propriétaire récoltant à Eger

 

La Hongrie est la plus grande région viticole d’Europe centrale.

 

La Hongrie septentrionale, favorisée par son sol volcanique, produit le célèbre TOKAJ, vin liquoreux, issu du cépage Furmint, dont le nom vient du français froment pour sa teinte jaune. Plutôt charpenté aux arômes de pain, noix et champignon, il se sert en apéritif ou en dessert.

Le meilleur TOKAJ est le TOKAJI ASZU, nectar moelleux avec son inimitable bouquet qui se marie fort bien avec foie gras et dessert.

 

Près de la ville d’Eger, entourée de douces collines plantées de vignobles, est produit le fameux vin rouge EGRI BIKAVER, épais et puissant ; c’est le sang de taureau d’Eger.

C’est un vin d’assemblage de plusieurs cépages qui titre à 14 degrés.

 

Enfin, en Transdanubie du Nord, près du lac Balaton, c’est le lieu de prédilection du cépage Olaszrizling, dont le bouquet de réséda et d’amande amère s’harmonise avec la grillade de sandre du lac Balaton.

 

Le temps d’une danse hongroise et vient une splendeur magyare, empreinte austro-hongroise, avec un biscuit feuilleté aux cerises, saupoudré de sucre glace.

 

Pour ce délice, Vanda choisit le Tokaji Aszù, premier vin de dessert obtenu à partir de grains de raisins déshydratés. Louis XIV l’aurait baptisé « le roi des vins et le vin des rois ».

Son cépage tangue sur les épaules, les verres se rapprochent, étoilés de désir.

 

Tandis que quelques « forint », la monnaie hongroise, sonnent dans le gousset d’une belle, un chanteur envoie sa mélodie gorgée du vent qui souffle sur la Puszta.

 

La fin du déjeuner s’aiguise du feu de la Barackpalinka, l’eau-de-vie d’abricot, alcool national, trait de l’hospitalité hongroise.

 

C’est l’heure de la balade dans la richesse chromatique de Budapest, la perle du Danube.

Buda la baroque, Pest, néo-classique et romantique.

Pest, Art nouveau et Sécession hongroise : un camaïeu de blanc et d’ocre-vert, une palette multicolore avec l’Art nouveau sous le compas d’Ödön Lechner, le maître incontesté de cette période novatrice.

Budapest est une harmonie autour de la douceur monochrome ou d’une chatoyante polychromie.

 

Le soir descend sur le Danube pareil à une tombée d’étoffe en mille plis.

Ce soir, le grand fleuve n’est pas bleu comme la célèbre valse straussienne, mais céladon avec des reflets jaunes, parfois cuivrés.

Cité royale et ville marchande, Budapest possède l’Occident et l’Orient.

 

Voici qu’apparaît le Parlement, géant néo-gothique aux allures de cathédrale avec sa bibliothèque aux quatre cent mille livres d’histoire et de Sciences politiques.

 

Alors que retentit une musique « Klezmer », musique folklorique de la communauté juive, Péter et Vanda se sont arrêtés sur le quai du Danube.

Une composition sculptée évoque des chaussures figées dans la rouille.

Elle rend hommage aux juifs fusillés par les nazis en 1944/1945.

Après les déportations, le génocide reprend à Budapest. Hommes, femmes et enfants sont exécutés d’une balle dans la nuque au bord du Danube.

 

Péter, Vanda et Bacchus se tiennent par la main.

 

Alors qu’un enfant dépose une fleur d’iris dans une chaussure, une femme s’approche, une cage d’oiseau dans les bras.

Sa main de nacre ouvre la cage et libère l’oiseau : Message de paix, de liberté et d’amour, délicieuse offrande dans le jour finissant.

 

La chevelure de cuivre de Vanda s’illumine d’un sourire de corail.

Péter et Bacchus fredonnent une Rhapsodie hongroise de Franz Liszt.

C’est l’heure des adieux.

 

Bacchus offre à Vanda un poème, glissé dans une épingle à l’emblème du corbeau à l’anneau de Mathias Corvin :

 

                                        «  Extrême braise du ciel et première ardeur du jour,

                                          Elle reste sertie dans l’aurore et chante la terre agitée,

                                           Carillon maître de son haleine et libre de sa route… »

                                                                                                                                                                                                   L’alouette de René Char

 

                               Goûte, Goûte, Goûte

                                            Goûte compagnon

                                                  Lève ton verre et nous le remplirons

 

                              A bientôt compagnons du bousset, je vous retrouverai, à la fin de l’été, sur les rives de la Baltique.

 

 

En écho, une page de l’histoire de l’Art :

 

De Jozsef RIPPL-RONAÏ (1861-1927)

 

                           Femme à la cage, 1892

                                     185,5 X 13O cm

                          Budapest, Galerie nationale hongroise

 

 

Jozsef Rippl-Ronaï est « le nabi hongrois ».

 

Les Nabis (ce qui, en hébreu, signifie prophètes) veulent dépasser l’impressionnisme en apportant un supplément d’âme et de mystère propre à la méditation sur la vie, la mort et la liberté.

 

Le point de départ du mouvement Nabi date de 1888, à la rentrée de l’Académie Jullian à Paris.

 

Le peintre Paul Sérusier présente à quelques élèves, parmi lesquels figurent Pierre Bonnard, Maurice Denis et Paul Ranson, un paysage synthétique « Le Talisman » qu’il vient d’exécuter, à Pont-Aven, sous la dictée de Paul Gauguin.

La mission du groupe des Nabis est centrée sur la sensation visuelle pure.

 

Très vite, le groupe s’augmente de nouveaux adeptes avec, notamment, le peintre hongrois Rippl-Ronaï qui introduit à son tour Maillol, puis, en 1893, le suisse Vallotton.

Maurice Denis devient très tôt le théoricien du mouvement avec sa célèbre formule : « … un tableau… est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. »

Négation de la perspective, stylisation, refus du réalisme, tels sont les principes que chacun allait interpréter à sa manière. 

La diversité des artistes devait compromettre sa cohésion.

L’esthétique nabie allait disparaître avec les différents courants de la fin du siècle, Art nouveau et Symbolisme.

 

Il n’est pas exagéré de dire que les Nabis ont exercé une forte influence sur l’art du vingtième siècle.

 

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