Le coq du Monestier

03/09/2015

Bacchus arrive au village du Monestier, sur le versant oriental des Monts du Livradois.

 

A proximité du col des Fourches, ce village du Haut Livradois domine la ville d'Ambert et la riante vallée de la Dore.

 

Sur une butte rocheuse, ouvrant les bras, une vierge immaculée, érigée en 1876, invite à découvrir un large panorama sur les Monts du Forez et Pierre-sur-Haute.

  

Bacchus est accompagné, pour une promenade bucolique, de deux jeunes filles : Savine, douze ans, blonde avec ses yeux pervenche et Stella, huit ans, longue natte brune avec des yeux de diamant noir.

 

Bacchus prend les deux petites par la main et leur dit :

 

            - Aujourd'hui quinze septembre, le chemin est tracé pour se perdre, place à la surprise ; et c'est alors, mais alors seulement, que notre aventure commencera.

 

Le chemin est lié à la faculté de s'emmerveiller.

 

Bacchus coupe trois bâtons de noisetier. Il sait que le bâton restitue l'éternel enfant que l'on doit rester.

 

Il est indispensable d'expliquer ses racines, son attachement viscéral à la terre des ancêtres.

 

Le prestige de la terre natale : voilà un ineffable bonheur.

 

Les sourires de Savine et de Stella sont relayés par le chant d'une grive qui vient percer le mystère de ce bienheureux silence.

 

Bacchus a vécu en ces lieux plusieurs miracles avec la floraison des jonquilles et le chant du loriot au premier narcisse.

 

Ces parcelles d'éternité, glanées sur les chemins de l'errance, lui ont enseigné l'Art de la Nature ; avec elle, le carré et le cercle deviennent couleurs.

 

Assis au pied d'un sapin, ils suivent ensemble la lumière du vent sur les grelots violines de la bruyère.

 

Le silence résonne.

 

Bacchus se lève et leur livre son grand secret :

  

           -  Emmerveillez-vous mes petites devant l'élan du bouton d'églantier qui vient, avec audace, défier le vol du milan

           -  Cheminez de bonne heure un matin d'été pour interroger l'aurore qui pointe dans la brume bleue

           -  Aimez l'araignée car on a peur de ce qu'on ne connaît pas ; cette dame élégante tisse ses fils de soie où se mire une patience légendaire

                           C'est la nature qui a raison.

Il arrivera un jour où elle vous apportera des pluies plus belles que le soleil, et puis le chemin ne finit jamais puisque la terre est ronde.

 

Dans un éclat de rire, Savine et Stella sautent au cou de Bacchus. Elles ont approché le jardin de la Terre.

  

Un chemin cousu de racines de pins centenaires les conduit à l'ourlet herbacé, cette lisière forestière où fleurit la digitale pourpre.

 

Entre sorbiers et alisiers, Bacchus aperçoit l'auberge du "COQ HARDI".

 

         C'est alors qu'un coq se met à chanter.

 Ils s'approchent lorsqu'apparaît un barde, le visage buriné, barré de l'arc parfait de ses sourcils, et, dans son regard, une étincelle.

 

                     - Bonjour les amis

 

Voici la plus ancienne race française du type fermier, la Gauloise dorée.

 

C'est la race qui symbolise le coq gaulois, notre emblème national.

 

 Approchez les petites ; regardez ce corps arrondi et trapu, son dos large, incliné vers l'arrière, sa crête développée, droite et bien dentelée, son iris rouge orangé, son bec fort, couleur corne foncé, ses oreillons blanc nacré, ses barbillons rouges, bien pendants, son camail long, fauve, bien fourni, tombant sur les épaules, sa poitrine large, ses ailes puissantes, et sa queue bien relevée avec ses faucilles arquées.

 

 Le coq avance, cuisses bien proportionnées, portées par des tarses plomb foncé.

 

                        - Sais-tu Bacchus que Napoléon 1er n'y a vu qu'un oiseau qui chante sur le fumier ?

                     

                        - Un peu juste l'Empereur reprend Bacchus.

 

Si le sens premier du coq est le mâle de la poule de basse-cour, le coq est avant tout le symbole de la lumière naissante parce que son chant signale le lever du soleil.

 

Comme le Messie, le coq annonce le jour qui succéde à la nuit. Sa position à la cime du clocher de nos villages peut évoquer la suprématie du spirituel dans la vie humaine ; dans les ténèbres finissantes de la nuit apparaissent les premières clartés de l'esprit.

 

Seul le coq défie le vent sur son clocher et, dans les derniers feux du soleil, il récite l'angélus.

 

 L'Islam lui fait aussi une place de choix. 

 

Le Prophète disait : Le coq blanc est mon ami, il est l'ennemi de l'ennemi de Dieu.

 Son chant indique la présence de l'ange qui appelle à la prière.

 

Le coq comme symbole maçonnique est à la fois le signe de la vigilance et celui de l'avénement de la lumière initiatique.

 

Et puis, et puis, un coq peut "côcher", c'est-à-dire saillir une poule plusieurs fois par jour, en présence d'une éblouissante beauté au regard ardent, façonné par le soleil et le vent.

 

 Le coq se met à chanter encore plus fort.

 

Bacchus comprend qu'il est l'heure de passer à table.

 

Ils entrent à l'auberge du "Coq hardi" avec son célèbre gallinero. Il s'agit d'une cage où un coq et une poule accueillent les convives.

 

Accrochée à la clef de la cage, dans une belle écriture calligraphiée, la fable de Jean de La Fontaine : Les deux coqs

                                "Deux coqs vivaient en paix : une Poule survint,

                                    Et voilà la guerre allumée.

 

                                                                 ***

 A la lecture de cette fable, Savine se lançe dans quelques tours de langue : coq de village, rouge comme un coq, coq en pâte, poids coq, du coq-à-l'âne, coquet et, pour finir grande coquette, cette séductrice et intrigante dans les comédies de caractère pareil à Célimène dans le Misanthrope.

                        

                              Au troisième Cocorico, Yvonne les invite à déguster avec elle en cuisine son fameux

                                             COQ AU VIN et sa poêlée de cèpes

 

 Généreuse, pleine de délicatesse, Yvonne leur dévoile sa recette (voir en fin de chronique)

 

 Bacchus tire de sa besace l'ambroisie :

 

                                                un SAINT-AMOUR, AOC - Domaine du Gallinacé, 2000

 

 Situé à quelques kilomètres au sud de Mâcon, Saint-Amour est le plus septentrional des crus du Beaujolais.

 

L'appellation est située sur un plateau granitique au sud du département de Saône-et-Loire.

 

Avec un nom pareil, il serait bien surprenant que le coq ne chante pas dans l'assiette.

 

Le cépage principal est le gamay.

 

Sa robe est rouge comme la crête du coq quand il est en joie.

 

Ce nectar est à servir entre 14 et 16° C.

 

 Bacchus lève son verre en direction d'Yvonne et déclame :

              "Qu'un vieux falerne noircisse le cristal transparent de ta coupe" épigramme de Martial

 

             Tout respire, tout vibre dans cette auberge, mais Savine et Stella ont promis d'aller embrasser leur cousine.

 

Aériennes, elles dévalent le pré en sautant les andains pour rejoindre la Thiolerie, la maison aux hirondelles.

 

             Bacchus poursuit seul son chemin jusqu'à l'étang des Escures.

 

Il aperçoit sa muse. Elle l'attend sur la roche de granite. Sa peau brune exhale un parfum de fougère, de racine, fort, sauvage. Inoubliable parfum.

 

Trois grands peupliers sertissent d'émeraude l'élégance du silence.

 

Le dernier soleil dessine la croisée du chemin. C'est ici que la vie se charge d'endurance pour avancer vers l'ailleurs où fleurit la plume du geai.

 

                                  Goûte, Goûte, Goûte

                                                Goûte compagnon,

                                                        Lève ton verre et nous le remplirons

 

 A bientôt compagnons du bousset, Bacchus sera heureux de vous retrouver, à la prochaine lune nouvelle, dans les embruns de la presqu'île de Rhuys.

  

                               de Marc CHAGALL (1887-1985)

                                        SUR LE COQ, Huile sur toile, 1929

                                              Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid

 

De 1926 à 1927, dix-neuf mois durant, Chagall a réalisé une centaine de gouaches pour illustrer les Fables de La Fontaine.

 

C'est l'occasion pour l'artiste de s'immerger dans sa nouvelle patrie : la France.

 

De son vrai nom Moshé Segal, Marc Chagall naît le 6 juillet 1887 en plein quartier ouvrier de Vitebsk, dans l'actuelle Biélorussie.

 

Il est l'aîné d'une famille juive de neuf enfants.

 

Il a fréquenté les cubistes, les surréalistes, mais il est resté obstinément à l'écart de tous ces mouvements, des vents tournants de la création.

 

Chagall a peint le rêve.

 

Avec ses couleurs, la réalité est visitée par le rêve et la poésie.

 

Sa vie est un hymne à l'amour où la muse est souvent présente.

 

Son oeuvre évoque le bonheur de vivre ; elle est empreinte de paix et d'espérance.

 

Sur son pinceau ivre de couleurs, les êtres et les choses se métamorphosent.

 

L'objet le plus anodin devient un talisman.

 

Il se lia d'amitié avec le poète Blaise Cendrars qui trouva souvent les titres de ses scènes imaginaires.

 

Chagall est aussi ivre de Dieu. Son art a une dimension spirituelle, voire mystique, répondant à une exigence intérieure: faire de son geste créateur le support de la parole divine.

 

Chagall transcende le profane et le religieux.

 

Voici son plus beau message :

 

            " Dans l'Art comme dans la vie, tout est possible si, à la base, il y a l'Amour."

 

Le 29 mars 1985, Chagall a fait son dernier rêve à Saint-Paul-de-Vence.

 

à voir absolument :

 * le plafond de l'opéra de Paris, commandé en 1960 par André Malraux

 * les vitraux de la chapelle axiale, réalisés en 1974, à la cathédrale Notre-Dame de Reims

 * et le Musée du Message biblique Marc Chagall à Nice.

 

 

 Recette du Coq au vin de la célèbre Yvonne

    Réchauffé, ce plat sera encore meilleur

 

 Pour 8/10 personnes : 1 coq fermier de 2,5 kg, 1 litre et demi de Saint-Amour, 200 g de lard de poitrine, 30 g de saindoux, 10 petits oignons blancs, 2 carottes, 2 gousses d'ail (ail rose AOC de Billom si possible), 2 échalottes, 2 branches de persil, thym, laurier, 40 g de farine

 1 petit verre de marc d'Auvergne, 4 tranches de pain rassis, sel et poivre

 

 La préparation est de 24 heures pour la marinade

 Cuisson : 1h30 à 2 heures

 

 L'idéal est de recueillir le sang du coq pour lier la sauce

 Verser le vin et le marc dans un grand récipient

 Ajouter les carottes coupées en rondelles, l'échalotte et les aromates et le coq découpé

 Couvrir et laisser au frais 24 heures

 Egoutter les morceaux de coq, les essuyer

 Dans une cocotte en fonte noire, faire fondre le saindoux

 Ajouter le lard débité en petits dés, les légumes et la viande

 Colorer le tout pendant 5 minutes en retournant de temps en temps les morceaux

 Baisser le feu, saupoudrer de farine et laisser prendre couleur

 Faire chauffer le marc, en arroser la viande et flamber

 Saler, poivrer, ajouter l'ail écrasé, les oignons et les aromates de la marinade

 Mouiller avec le vin et amener à ébullition

 Couvrir à demi et laisser mijoter de 1H30 à 2 heures

 Si vous avez pu réserver le sang, y verser quelques gouttes de vinaigre, puis 3 à 4 cuillérées de sauce. Bien mélanger

 Verser dans la cocotte juste au moment de servir et mélanger à la sauce

 

 Accompagner de triangles de pain grillé et d'une poêlée de cèpes (les "bouchons" tête de nègre ! les ramasseurs de champignons se reconnaîtront)

  et , bien sûr, en Auvergne, quelques pommes de terre !

 

 BON APPETIT petits et grands 

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