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Une gorgée de feu

  • 15 août 2025
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 19 août 2025



A Bougival, le long des berges de la Seine, deux copains, André et Maurice, s'en vont cueillir les couleurs.


Un faisceau de lumières accompagne les ailes du vent: bleue la caresse de l'onde, jaune la rose à peine éclose, verte la peupleraie d'où montent Les Préludes de Chopin.

L'arabesque d'une hirondelle étoile un poème sur une courbe de la Seine.

Dans l'éclat d'un bleu revient la palpitation des berges du fleuve.

Ailes battantes, un cygne trace le sillage du jour qui grandit.


Maintenant, partout vibrent les couleurs qui allument les brasiers de l'âme, et rendent nos deux gaillards voleurs de feu.

Il faut de tels incendies pour que le monde se transforme, pour qu'une voie nouvelle soit conquise.

La création naît au diapason des couleurs : dévorante maraude d'un ciel indigo, chagrin de l'automne sur l'arc ocre-roux d'une fougère, brassée de tendresse quand frissonne le bleu des sources.

Les couleurs vivent dans leurs subtiles alliances ; ainsi s'ouvre un éventail de surprises et de fantaisies.


Sonne l'heure heureuse quand un arc-en-ciel irise de toute sa gloire ce jour de fête.

Descendant d'une barque pavoisée, deux nymphes, Mina et Rosalie, arrivent à La Fauvette noire, guinguette bien connue des peintres.

André et Maurice les rejoignent.

Derrière les volets, des sons s'élancent, s'évanouissent, reviennent en chuchotant puis repartent en s'intensifiant.

S'agit-il d'une danse déchaînée et imaginative où des odalisques survoltées, métamorphosées en Salomé, improvisent un ballet ?

Le peintre André Derain y a-t-il puisé son inspiration pour réaliser La Danse, une huile sur toile réalisée en 1906 ? 

Bruissantes d'ondes vives, viennent à leur tour modèles et comédiennes.

Les fragrances s'éveillent et se multiplient.

Point de falbala, la joyeuse équipe du bal des Fauves entre directement dans la ronde des couleurs.

Drapée de soie émeraude, une ondine se met à chanter tandis qu'un farfadet scande la farandole sur un tambour gainé de velours écarlate.

Accourant dans un galop sonore, Mina et Rosalie, avec, pour seule tenue, un collier d'étoiles de mer, esquissent un pas de danse.


Un chercheur de couleurs s'approche, les bras chargés de ballons multicolores.


                                      Roland Souchon, été 2025



SOURCES :


Le 18 octobre 1905 s'ouvre à Paris le troisième Salon d'Automne.

Dans la salle 7 sont regroupés les peintres Matisse, Camoin, Derain, Manguin, Marquet et Vlaminck.

Le critique d'art Louis Vauxcelles lance le premier à leur endroit le terme "fauve".

En l'espace de 4 ans (1904 à 1907), ces peintres que l'on appelle désormais les "fauves" vont sortir la peinture de l'orbite impressionniste pour ouvrir la voie à l'expressionnisme et au cubisme.


Œuvres majeures du Fauvisme :


MATISSE Henri

-Femme au chapeau, 1905

huile sur toile - San Francisco Museum of Modern Art

-Portrait de Derain, 1905

huile sur toile - Tate Gallery, Londres


DERAIN André

-Portrait de Matisse, 1905

huile sur toile - Tate Gallery, Londres

- La Danse, 1906

Huile sur toile -Fridart Foundation, Londres


VLAMINCK, Maurice de

-Bougival, 1905

huile sur toile - Dallas Museum of Art

-Portrait de Derain, 1906

huile sur carton - collection Jacques et Natasha Gelman, Mexico


 
 
 

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