Le mystère d’une Déesse

Ô Beauté,

tu as vaincu le chaos de la terre, les foudres du ciel, le feu et la lave.

Dans ce tumulte, tu as du t’évanouir, te confondre avec le ciel, l’eau et la terre.

Autour de toi, ce n’était que désordre dans un monde anéanti.


De cette gangue, tu as perçue une lueur tel le passage de l’archange sur la voie lactée, et tu es venue nous offrir ton message.

Une fois le calme revenu, tu as souri en prononçant un seul mot : commencement.


Au plus profond de la nuit, au vertige de l’abîme, tu as brandi tes deux serpents à la clarté qui venait de naître près d’une colonne aux éclats de garance du temple de Cnossos.


Qui es tu ? Déesse ou servante toute imprégnée de cette volonté implacable de vivre.

Il n’y a pas de plus grande extase que l’approche de ce mystère où la pensée n’a pas de prise.


C’est une révélation, une joie ineffable sur des vallées d’abandon et de replis où le reflet du bonheur vient effacer toutes les vanités.

Ô Divine,

tu es restée intacte pour nous donner ce ravissement pénétrant.

T’approcher, c’est comprendre la force des paradoxes, et pouvoir mesurer la puissance des lignes et des volumes.

Ton visage aux yeux profonds force le respect. Tes deux seins nus sont une lueur qui s’ouvre entre tes deux bras levés.

Le félin et les deux serpents forment un triangle parfait : Amour, dignité, générosité.

A te regarder, j’ai l’impression que l’oracle m’envoie ses images, lambeaux de rêve.

Illuminée de l’intérieur, tu demeures vivante.

Tu es andante, arpège puis silence. Ton corps a rejoint l’esprit.

Miroir, où est la vérité ?

A quoi peut bien servir ma plume qui vagabonde sur le papier ?

Peut-être à essayer de comprendre cet émerveillement qui naît d’un chef-d’œuvre.

C’est la magie d’un langage universel que chacun peut s’approprier à sa guise.

Dans l’éclat du regard de cette divinité brille une force vive qui doit encourager notre ferveur sur le chemin de la connaissance.

Déesse aux serpents, à force de te contempler, je revois Candie, l’île heureuse où, sur ordre de Minos, Dédale construisit son labyrinthe pour cacher le Minotaure, monstre mi-homme, mi-taureau.

Aujourd’hui, les brumes se lèvent sur un ciel diaphane, des salves pavoisent les cornes d’aurochs bienveillants.

Un oiseau bleu s’est échappé des herbes folles aux ploiements de ballerines.

Un sourire vient de naître sur les lèvres de la Déesse aux serpents.

Morpho





La Déesse aux serpents

Palais de Cnossos, 1500 avant J.-C.

Heraklion – Crète

Figurine représentant une déesse ou une servante aux seins nus ?

L’animal posé sur la tête (un félin) représenterait la royauté.

Quant au serpent, divinité domestique, c’est un esprit bienfaisant.

Œuvre pour le moins controversée, elle a été retrouvée à Cnossos, au vaste palais du légendaire roi Minos, un des trois fils de Zeus et Europe.

Ce palais a été détruit vers 1700 avant J.-C., probablement par un séisme.

La première grande civilisation de la mer Egée a été créée par les Minoens de Crète. Elle doit son nom au roi Minos.

Commerce florissant et artisanat prospère se développèrent dans cette civilisation servie par un esprit créateur, novateur, hostile à tout système restrictif.

L’art crétois, notamment dans ses fresques demeurées vivantes, d’une fraîcheur originelle, fait souvent bonne place à la femme et à la vie végétale et animale.

La plupart des sites minoens ont été détruits par des séismes entre 1450 et 1700 avant notre ère.

Tremblements de terre suivis d’éruptions volcaniques, catastrophes naturelles devaient anéantir, en Crète, cette brillante civilisation minoenne qui, aujourd’hui, reste mystérieuse.

Cette civilisation engloutie par une succession de cataclysmes naturels fut découverte il y a moins d’un siècle par un archéologue britannique Sir Arthur Evans.

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