Des lentilles au pays des vierges romanes

21/07/2017

Une brève averse de pluie fine traverse la place du village et finit par s’éloigner, laissant dans son sillage une fraîcheur odorante.

Ambroisie, carnet et crayons de couleurs dans sa besace, Bacchus quitte le bourg de Saint-Amant-Roche-Savine pour se rendre au village de Losmont où il est attendu pour déjeuner chez son amie Fanette.

Sur le chemin de la Valatie, une volée de moineaux s’échappe d’une touffe de noisetier ; un gai refrain annonciateur d’une belle journée en Haut Livradois.

Escorté du vert puissant des genêts, le chemin monte entre sable blond et roches de granite, immuables sentinelles heureuses de défier le temps.

Plus haut, près d’une sapinière, un geai s’envole dans un cri bleu et roux, emportant le silence du grand chêne.

Sous la jupe d’un nuage blanc arrivent les tuiles rouges du village de Losmont.

 

Sur l’écrin céladon des fenaisons sonnent les douze coups de midi.

 

Bacchus aperçoit son amie Fanette à la porte du jardin. Elle s’approche, toute brodée du parfum des roses de la Saint-Jean.

Ses longs cheveux fauves retombent en cascade sur ses épaules nues. Jupe fleurie de coquelicots et corsage blanc largement échancré lui donnent un regain d’optimisme qui fortifie l’existence.

Après de vibrantes années sur les planches de théâtre, Fanette est revenue sur sa terre natale pour se consacrer à sa passion : l’art roman. D’une grande expérience contemplative, elle sait, aidée par son élégante plume, transcrire ses impressions romanes glanées auprès des nombreux chefs-d’œuvre de l’art roman auvergnat.

Dépourvue de falbala, avec pour seule parure un grand sourire, Fanette invite Bacchus à franchir le seuil de sa maison et lui présente Marie, sa maman, vénérable aïeule aux yeux de lac bleu.

Marie est une magicienne du fourneau. C’est elle qui officie aujourd’hui, jouant d’imagination avec le joyau vellave : la lentille verte du Puy, un des secrets de son art culinaire.

Avec un regard plein de malice à Bacchus, elle est heureuse d’annoncer :  « la soupe est mise »   

 

Fanette apporte une soupe d’escargots aux orties et aux lentilles vertes du Puy, servie très chaude avec quelques feuilles fraîchement cueillies de jeunes orties.

A peine le délicat fumet chatouille ses narines, Bacchus tire de sa besace l’ambroisie :

                         Un vin blanc du Val de Loire, sec, très vif

                                       JASNIERES AOC, Cuvée Marie-Odile, 2009, cépage chenin blanc – servi à 8/10°

 

                      Ah ! la lentille…toute une histoire

 

De la famille des fabacées, la lentille est une plante annuelle. Ses feuilles composées de nombreuses folioles sont terminées par des vrilles. Ses minuscules fleurs blanches donnent des gousses à 2 graines aplaties.

La lentille est une plante originaire du Moyen-Orient. Des archéologues ont trouvé des graines de lentilles datant de 8OOO ans sur des sites au sud de la Turquie et en Syrie. La Bible en fait mention sous le nom de Hadashim.

Première AOC de France en 1996, la lentille verte du Puy-en-Velay est un véritable atout santé, riche en protéine végétale et pauvre en lipide.

Fin juin, début juillet, les champs de lentilles du Velay étalent leurs lignes verdoyantes sur la terre rouge volcanique.

Le vert caractéristique de la lentille provient du savant mélange entre le jaune de l’écorce de la graine et le bleu du colorant naturel que la graine contient. Ce colorant porte le nom d’anthocyane (en grec : le bleu des fleurs). Il est le même que celui qui donne leur couleur aux myrtilles et aux bleuets.

Jadis « plat du pauvre », la lentille du Puy est aujourd’hui très recherchée tant pour sa saveur que pour ses vertus diététiques et médicinales.

Riche en minéraux, elle a une valeur énergétique de 400 kilocalories pour 100 grammes et contient des vitamines A,B1,B2,B6,C,F et K.

En raison de ses indéniables qualités gustatives et diététiques, les grands chefs rivalisent d’audace et d’imagination sur leur carte. Régis Marcon, chef étoilé, n’hésite pas à incorporer la lentille dans un dessert : la tarte moelleuse à la lentille verte du Puy avec une crème glacée au miel.

Bacchus y joindrait avec bonheur une liqueur Verveine du Velay.

 

Généreuses, Marie et Fanette sont des semences de gaieté qui germent à chaque instant dans la maison.

Pour accompagner le café, Marie sort une liqueur d’abricot presque centenaire qu’elle tient d’une cousine du Haut Livradois. Ce cordial déploie puissance et caresse ; un délice qui vous habille d’une fraîcheur inouïe.

 

C’est l’heure de quitter Losmont.

Bacchus remercie longuement Marie.

 

Fanette propose à Bacchus une balade sur les chemins retirés de son enfance.

Elle prend Bacchus par le bras et ils s’en vont, en ce jour le plus long de l’année, cheminer entre les fûts gris argent des sapins pectinés, ces véritables colosses gardiens du temple de verdure.

Fanette ne fait rien par habitude, empruntant à sa guise un chemin tressé de racines, ici baigné de soleil, là refuge de fraîcheur sous l’arc des noisetiers.

Elle a compris depuis belle lurette que cheminer, c’est graver ce sillon immatériel qui met en mouvement la croyance et le doute.

C’est aussi rencontrer le silence ou cueillir des instants lyriques, parfois épiques.

Bacchus et Fanette arrivent à l’ourlet herbacé où ils se laissent bercer par les hampes des digitales pourpres. Ils épient longuement cette tendresse du monde et rêvent aux amples ondulations du Haut Livradois où se boit l’aube féminine.

 

Le jour décline et s’ouvre la nuit dans l’enivrant tilleul au village du Monestier.

Le feu de la Saint-Jean est allumé.

Garçons et filles sont emportés par une folle farandole.

Par un mouvement presque involontaire, Bacchus et Fanette se retrouvent dans les bras l’un de l’autre, un élan de joie salué par les dernières escarbilles du feu de la Saint-Jean.

                       Demain, dès potron-minet, Fanette repartira sur les chemins blonds du Haut Livradois cueillir soierie, velours et satin chamarrés pour fleurir les vierges romanes.

                            

                                                 Goûte, Goûte, Goûte

                                                        Goûte compagnon,

                                                              Lève ton verre et nous le remplirons

 

A bientôt compagnons du bousset, je vous retrouverai, après les vendanges, pour déguster un vin qui a la longueur en bouche d’un baiser d’Aphrodite.

 

 

 

En écho, voici une page de l’histoire de l’art : L’ART ROMAN en AUVERGNE.

 

Avec Fanette, je pénètre dans l’église romane, ancienne prieurale d’Arlanc (Puy-de-Dôme).
Les cinq vitraux qui éclairent la croisée du transept nous conduisent à un autre chemin de foi et de tolérance, celui des quatre églises majeures de l’art roman auvergnat, toutes situées à moins de 40 km de Clermont-Ferrand.

             L’art roman s’ébauche dès l’époque carolingienne (IX-Xème siècle). La pleine période est le Haut Moyen Âge qui s’étage entre le onzième et douzième siècle.

             L’art roman est avant tout une histoire humaine.

Si les édifices romans semblent parfois austères, c’est tout simplement qu’ils sont sans apprêt, tout superflu en est banni pour ne retenir que la pureté des lignes.

Du narthex au chevet, les proportions harmonieuses apportent élégance et équilibre.

Face au chœur, il faut laisser son regard balayer le déambulatoire et ses chapelles rayonnantes, point de convergence magnifié par la lumière ; c’est alors que l’architecture devient légère, mystérieusement apaisante à l’instant où une Vierge en majesté vous offre la paix intérieure.

 

            Les quatre églises majeures de l’art roman en Auvergne :

 

NOTRE-DAME DU PORT à Clermont-Ferrand (fin XIème– début XIIème siècle)

Située en plein cœur de ville, enchâssée dans les maisons du quartier du Port (Portus : lieu de marché), elle offre un univers de spiritualité et de méditation, indifférent aux vicissitudes citadines.

Cette basilique obéit aux canons les plus purs de l’art roman, notamment avec son chevet extérieur en arkose, paré de jeux de mosaïques, et couvert de tuiles rondes.

Les chapiteaux historiés du chœur déploient une riche iconographie aux résonances multiples.

Dans la crypte, Marie est exaltée avec une petite Vierge noire du XVIIIème siècle.

 

SAINT-AUSTREMOINE à Issoire en Basse Auvergne (premier tiers du XIIème siècle)

Saint-Austremoine du nom de l’apôtre et premier évêque de l’Auvergne.
C’est la plus vaste des églises majeures de la Limagne romane avec les cinq chapelles rayonnantes de son chevet.
A hauteur du déambulatoire, le plus célèbre des chapiteaux historiés évoque la Cène.

Sa polychromie intérieure nous rappelle que toutes les églises étaient peintes au Moyen Âge, et que l’habitude actuelle de mettre à nu les murs ne correspond nullement à la réalité première.

A l’extérieur, sur les chapelles qui couronnent le chevet, sont sculptés les douze signes du zodiaque. Ces signes étaient, à l’époque romane, un abrégé du monde, et les moines, par leur chant, les interprètes de la Création.

 

La basilique NOTRE-DAME d’ORCIVAL

Chef-d’œuvre de sobriété, construite entre 1146 et 1178, en pierre volcanique et couverte de lauzes, elle est enchâssée au creux d’une vallée entre les Monts Dôme et les Monts Dore.

Tournée vers le soleil levant, image du Christ ressuscité, elle exhale une paix intérieure avec la douce progression de la lumière lorsqu’on s’approche de la statue de Notre-Dame d’Orcival, placée au centre du chœur. Hiératique, la Vierge en majesté est la seule a avoir conservé un parement d’orfèvrerie (argent et vermeil).

 

L’église de SAINT-NECTAIRE

Construite durant la seconde moitié du XIIème siècle.

C’est un vaisseau de pierre volcanique gris clair (trachyte) en écho au château de Murol.

De dimension modeste, elle est un chef-d’œuvre de grâce et d’harmonie.

La nef centrale est couverte d’une voûte en berceau plein-cintre lisse, c’est-à-dire sans doubleaux (arcs de renforts).

Le narthex et sa tribune sont les mieux conservés d’Auvergne.

La Vierge romane, Notre-Dame du Mont-Cornadore, tient son enfant sur les genoux. Elle est le trône de la sagesse éternelle.

Ce type de représentation est appelé Vierge en majesté.

 

                                                                                        LEXIQUE

 

Abside : C’est l’extrémité d’une église, orientée vers le levant, en forme de demi-cercle, voûtée d’un cul-de-four (voûte épousant la forme d’un quart de sphère)

Chapiteau : C’est la partie élargie qui couronne une colonne et sert de support à l’arcade qui s’y appuie.

                       Il est soit historié, c’est-à-dire décoré de scènes racontant une histoire (exemple: la Cène)

                       Il est soit décoratif en représentant des plantes, des oiseaux ou des animaux.

Déambulatoire : C’est la galerie de circulation autour du chœur et souvent bordée de chapelles rayonnantes

Narthex : C’est la partie de l’église qui se situe avant la nef. Il était réservé jadis aux catéchumènes (les non-baptisés)

 

                                          Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site : 600eglisesromanesauvergne.fr

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