• Morpho

Le mystère d'un regard



LE SCRIBE ACCROUPI .

       Calcaire, albâtre et cristal de roche

                      Hauteur : 53,7 cm

                      Largeur : 44 cm

                      Profondeur maximum : 35 cm

                Paris, musée du Louvre



Le Scribe accroupi a été découvert en Egypte, dans la grande nécropole de Saqqarah (banlieue sud-est du Caire), le 19 novembre 1850, par l’archéologue français Auguste Mariette (1821-1881).

C’est un chef-d’œuvre de l’Ancien Empire (-2700 à -2200 avant J.-C), premier apogée de la civilisation pharaonique.

L’auteur de cette œuvre est inconnu.

A quelle date a-t-elle été exécutée ? Sans doute à la quatrième dynastie, époque de la construction des célèbres pyramides.

Le scribe ne porte aucune inscription hiéroglyphique permettant de l’identifier.

Cette œuvre est grande par le resplendissement de son mystère et les résonances qu’elle éveille.

Le mot scribe n’est pas égyptien. Il vient du latin scriba « greffier » et du verbe scribere « écrire ». Les scribes sont les premiers porteurs du savoir écrit dans l’histoire de l’humanité. La plupart des écrits égyptiens étaient réalisés sur des papyrus, malheureusement plus fragiles que l’argile utilisée par les mésopotamiens pour leur écriture dite cunéiforme - en raison de ses signes en forme de coin - (an 3500 avant J.-C).

Les égyptiens inventèrent une écriture qui leur était propre, les hiéroglyphes  « écriture sacrée » (an 3100 avant J.-C).

Les scribes égyptiens utilisaient l’écriture hiératique, écriture cursive (tracée au courant de la plume), dérivée des hiéroglyphes.

Puis, à partir du septième siècle avant J.-C, l’écriture démotique, autre écriture cursive, restera l’écriture courante pendant un millénaire.

Hiératique et démotique, contrairement aux hiéroglyphes, se lisent toujours de droite à gauche.

L’égyptologue français Jean-François Champollion s’est servi de la fameuse « pierre de rosette » - découverte en 1799 – pour décrypter, en 1822, les hiéroglyphes.

Le scribe rédigeait les actes de la vie civile et commerciale. Aux côtés des scribes-fonctionnaires, oeuvraient les scribes-poètes qui façonnaient l’image du roi et des dieux en justifiant leur puissance.

Le savoir multiple des scribes (écriture, mathématique, médical, astronomie) était un vecteur essentiel pour l’harmonisation des rapports sociaux.

Quant aux illettrés, ils s’adonnaient aux travaux manuels, atteignant souvent un haut degré de perfection artistique. Travail manuel et travail intellectuel : une nécessaire opposition constructive aussi vieille que les premières civilisations.

Quelle est donc l’identité de ce scribe accroupi qui devait tenir un calame dans sa main droite ?

Il éternise probablement l’activité des lettrés de l’Ancien Empire qui, à la quatrième dynastie, formaient les cadres de la haute administration et du clergé.

S’il s’agit d’un haut dignitaire, le scribe apparaît ici en toute simplicité, accroupi sur le sol, un papyrus déroulé sur son pagne.

Plus fascinant est son regard qui défie le temps pour l’éternité.

C’est toute une civilisation qui s’exprime dans l’extraordinaire vivacité de ce regard.

                               « … l’œil du scribe est enchâssé dans une bague de bronze, la pierre blanche de la cornée est incrustée d’un cône de cristal de roche dont l’intérieur est évidé en pointe. Ce cristal est poli à la surface de l’iris, ce qui lui permet de réfléchir la lumière. »

Par cette haute technicité, l’artiste a voulu nous transmettre un message : comprendre l’œil comme la fenêtre de l’âme.

L’iris du scribe, parfaitement circulaire, offre à l’œil intelligence et curiosité. La vie demeure intense dans ce regard qui, depuis plus de quatre mille ans, crée l’illusion de l’échange.                A la fois orgueil et humilité

               Etincelle où renaît la braise de l’esprit

               Elan vital où résonne la dignité

                        Exaltation où éclosent la transparence et le mystère

               Immanence d’un regard aux rais de la vérité.

Le mystère d’un regard

          Morpho, 2018


Le Scribe accroupi vient nous rappeler que l’Egypte est une pionnière en raison des connaissances, de la sagesse et de l’humanisme qu’elle nous a transmis.

Le Scribe vient nous dire que la création ne peut s’approprier. Au fil du temps, elle renaît dans son regard ; aussi longtemps que la lumière éclairera le monde.


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